Cuir ou toile enduite : quelle matière pour coudre son premier sac ?

Au rayon des coupons, la tentation se présente souvent ainsi : une chute de cuir d’agneau d’un côté, un mètre de coton enduit de l’autre, pour un prix voisin. Les deux promettent un sac qui a de la tenue et des bords qui ne s’effilochent pas. Sur la machine à coudre familiale, ce sont pourtant deux mondes. Le mauvais choix pour un premier projet se paie en aiguilles cassées, en coutures criblées de trous inutiles et en soirées passées à découdre.

Ce que votre machine accepte vraiment

Une machine domestique coud sans difficulté la plupart des toiles enduites : le tissu de base est un coton ou un polyester, et le revêtement ajoute peu d’épaisseur. Le cuir est une autre affaire. Un cuir d’agneau ou de chèvre fin passe avec une aiguille cuir, dont la pointe taillée coupe la fibre au lieu de l’écarter, et un point allongé, autour de 3 à 4 mm, car des perforations trop serrées fragilisent la peau. Une vachette épaisse, surtout en tannage végétal, dépasse vite ce qu’une machine familiale peut traverser, en particulier là où les épaisseurs se superposent.

Les deux matières partagent un défaut sous le pied presseur : elles accrochent. Le revêtement de la toile et la fleur du cuir freinent l’entraînement, le point devient irrégulier, parfois l’ouvrage n’avance plus. Un pied en téflon, un pied à roulettes ou, à défaut, un morceau de ruban adhésif mat collé sous la semelle du pied règlent la question.

Chaque trou d’aiguille est définitif

C’est la différence qui surprend le plus quand on vient du coton. Sur une toile tissée, une couture défaite laisse des trous qui se referment au lavage ou au repassage. Sur le cuir comme sur la toile enduite, ils restent. Une épingle plantée au mauvais endroit marque la pièce, une couture reprise laisse une double rangée de perforations.

D’où deux habitudes à prendre avant la première pièce. On remplace les épingles par des pinces plates de couture, ou par du ruban adhésif double face posé dans les marges. Et on coud lentement, en sachant où l’on va : sur ces matières, on ne bâtit pas, la première couture est la bonne.

Finitions : la tranche du cuir contre les bords de la toile

Aucune des deux matières ne s’effiloche, ce qui dispense de surfiler. Leurs bords ne se traitent pas pour autant de la même façon. Sur le cuir, le bord coupé, qu’on appelle la tranche, peut rester apparent à condition d’être fini. On le ponce légèrement, on l’humidifie, puis on le lisse avec de la gomme adragante et un lissoir jusqu’à ce qu’il devienne dense et brillant. Une teinture de tranche complète le travail sur les cuirs colorés. C’est long, mais c’est souvent ce qui distingue un sac fait main d’un sac qui fait « maison ».

La toile enduite pardonne davantage. Ses bords peuvent rester bruts sur une pochette, mais sur un sac manipulé tous les jours la trame finit parfois par apparaître à la coupe. Un biais replié ou une couture rentrée donne un résultat plus net. Le repassage, lui, se fait avec précaution : jamais de fer directement sur le côté enduit, une température basse et un tissu de protection, ou mieux, des coutures aplaties au doigt ou au maillet.

Sur la durée, deux façons de vieillir

Un cuir de tannage végétal fonce à la lumière et se patine sous les mains, au point que beaucoup le choisissent pour cela. Il craint en revanche l’eau, qui le tache, et demande un peu de crème ou de cire de temps en temps. Les cuirs tannés au chrome, plus souples et plus réguliers, changent moins mais se patinent peu.

La toile enduite se nettoie d’un coup d’éponge et ne craint pas l’averse. Son point faible est le pli : à force d’être plié au même endroit, le revêtement se marque, puis peut se fissurer. On limite ce risque avec un modèle qui garde sa forme, au fond rigidifié, plutôt qu’avec un cabas que l’on replie dix fois par jour.

Alors, laquelle pour un premier sac ?

Pour un premier sac cousu à la machine, la toile enduite l’emporte nettement. Elle passe sous le pied, se coupe aux ciseaux, coûte peu en cas d’erreur et enseigne déjà la discipline des matières qui ne pardonnent pas les trous. Le cuir mérite d’être abordé autrement : par une petite pièce cousue à la main au point sellier, avec deux aiguilles et un fil ciré. Un porte-cartes ou un étui à ciseaux suffisent pour apprendre la coupe, le marquage des points à la griffe et la finition des tranches, sans risquer un grand morceau de peau.

Celles et ceux que la maroquinerie attire pour de bon trouveront dans le magazine Artisanat Web une présentation détaillée du métier de maroquinier, des gestes du patron jusqu’au contrôle final, avec les formations qui y mènent. De quoi mesurer ce qui sépare un sac cousu sur la table du salon d’une pièce sortie d’atelier, et choisir ses prochains apprentissages en connaissance de cause.

Quelle que soit la matière retenue, faites un essai de couture sur des chutes empilées à l’épaisseur de l’endroit le plus épais du sac, souvent la jonction entre l’anse et le corps, avec ses quatre ou cinq couches. Si la machine passe là, elle passera partout. Si elle peine, mieux vaut revoir le modèle avant de couper la pièce principale.

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